Les chroniques XVIIIe

Devises de la Société :

  1. «On ne gagne rien en offensant Dieu.»
  2. «Soyons soldats chrétiens.»

1735

Jean-François Hugonin, Seigneur Châtelain de La Tour, Roy des Nobles Mousquetaires pour la cinquième fois, convoque son Conseil pour délibérer sur le jour du tirage. Il est décidé de battre l’assemblée le lundi 16 mai à 8 heures du matin, pour accompagner Sa Majesté sur la maison du tirage à 11 heures. La cibe sera posée pour tirer au grand Mousquet jusqu’à 1 heure, puis reposée à 2 heures pour les neuf prix francs bourgeois jusqu’au coucher du soleil.

Tirage ordinaire : tous les bourgeois et habitants portant armes sont admis, en payant dix baches de boette général et six cruches par chaque tirage. Les soldats domiciliés dans la commune sont autorisés à participer.

1736

Le sieur Gamaliel Balmat, Roy des Mousquetaires, délibère que le coup du Roy sera tiré le lundi 21 mai, de 10 heures à midi, puis les neuf prix francs restants dès 1 heure de l’après-midi.

1737

Le sieur Jean-François Balmat, Roy, conduit les Mousquetaires sur le verger de la Ville pour tirer au fusil le coup du Roy contre la muraille de la maison du tirage, en attendant qu’une nouvelle muraille soit construite aux frais de la Société pour placer la cibe plus près, suite au passage du gros au petit Mousquet. Le marqueur Gabriel Ormond est confirmé, ayant promis de marquer fidèlement les coups de chacun.

1738

Sa Majesté régale royalement les Mousquetaires puis se rend avec eux sur la place du tirage, où après les remerciements ordinaires, la cibe est posée.

1739

Un bourgeois forain désirant tirer doit payer 10 baches par année.

1740

Un Mousquetaire ayant proféré des injures contre la Société est amené devant la troupe et contraint de déposer son fusil et son épée, de demander pardon, et est exhorté de ne plus retomber en faute sous peine d’expulsion.

1741

Le sieur Jean-Isaac Courlet, conseiller, ayant cassé la broche par son troisième coup, devient Roy et déclare vouloir profiter de tous les privilèges, droits et avantages que lui procure la Royauté.

1749

Décision de fixer un jour à l’avance pour le coup du Roy — le deuxième lundi de mai, à moins que ce ne soit un lendemain de communion. Le marqueur prête serment sur les mains de Monsieur le Châtelain.

1750

Discussion sur l’emplacement de la cache du marqueur, jugée trop proche de la cibe. Une commission est désignée pour examiner la situation.

1753

Renvoi du tirage à cause de l’absence du Roy.

1754

Le nombre des prix est augmenté et porté à 17. Demande de faire un drapeau neuf.

1755

Sa Majesté représente que les Hautes Excellences du souverain Conseil de guerre ont ordonné à toute la Milice de se réunir sur la Place d’armes pour tirer au Don gratuit, avec uniformes et armes propres.

1758

La cibe est posée à 7 heures du matin pour le coup du Roy. Le marqueur Rossire renouvelle son serment en présence de plusieurs justiciers. Cette année compte pas moins de huit tirs :

  • 22 mai (matin) — Le coup du Roy
  • 22 mai (après-midi) — Le prix d’Étain
  • 29 mai (matin) — 1er tirage des gratifications de la Bourgeoisie
  • 29 mai (après-midi) — 2e tirage
  • 3 juin (matin) — 3e tirage
  • 3 juin (après-midi) — 4e tirage
  • 7 juin (matin) — 5e tirage
  • 7 juin (après-midi) — 6e tirage
  • 9 juin (après-midi) — 7e tirage

Chacun de ces 8 tirs est doté de 10 prix. Il arrivait fréquemment que les tireurs ne pouvaient tirer les 3 coups réglementaires, à cause du temps très long nécessaire pour charger un coup de mousquet.

Le Conseil effectue de nombreuses visites aux vignes, propriété de la Société.

1760

Le Conseil estime que les charges du Roy sont trop considérables et décide de se doter d’un Président — M. le Capitaine Hugonin est prié d’accepter cette fonction. Deux autres personnes sont établies : l’une pour écrire les délibérations et retirer les revenus, l’autre pour avoir soin des fonds. Elles seront nommées pour 3 ans et rétribuées. Vue le grand nombre de tireurs, les prix sont portés à 26.

1761

Convention avec le vigneron de la vigne de la Farraz pour 9 ans, à demi-fruit. Le sieur Richon, Roy de l’année passée, expose que les fêtes et revues militaires ont retardé le tir. Il y a eu dix tirages et dix prix pour chaque tirage cette année.

1762

On fait fermer le stand, anciennement tout ouvert. De nombreuses délibérations du Conseil traitent en détail du travail des vignes.

1764

Le Pasteur Panchaud, désireux de tirer, est accueilli avec plaisir — bien qu’il ne soit pas bourgeois, cette autorisation ne concerne que les prix ordinaires.

1765 — 1766

On refait le but de la Cible. Des bourgeois résidant à Vevey pourront tirer à condition de faire leurs fabriques à La Tour. Le 31 mai 1766, repas des fautes — souvenir conservé sous la forme de la collation offerte aux Mousquetaires le jour de la Parade. Les vignes de la Société sont situées en Gironnaz, la Côte à l’Âne, la Farraz, la Crausaz, les Brelans, plus deux jardins à la Poteylaz.

1767

Le tirage est renvoyé, M. le Châtelain Hugonin étant à Berne pour affaires essentielles au public. Il est très reconnaissant de cette attention.

1769

Les bourgeois demandent qu’on leur confie le drapeau pour accompagner le Roy sur le tirage. Décision de faire faire une cloche pour avertir le marqueur — la cloche existante, datée de 1778, porte l’inscription «AUX NOBLES MOUSQUETAIRES de la Tour-de-Peilz, 1778» et est en dépôt au Musée du Vieux-Vevey.

1771 — 1772

Demande de céder en toute propriété à la Société la vigne au commun de Bérange. En 1772, le Conseil désirerait pas de parade «vu la dureté des temps».

1773

Transformation importante : les privilèges du Roy sont modifiés et la Société repose désormais sur une base parfaitement délimitée. L’article 2 du règlement — reproduit dans chaque règlement depuis lors — définit les membres de la Société :

Art. 2. Sont membres de la Société : a) Les citoyens descendants de ceux qui, antérieurement au 31 mars 1773, étaient bourgeois de la Tour-de-Peilz et habiles à participer sans exclusion à tous les droits attachés à la bourgeoisie. b) Les bourgeois de la Tour-de-Peilz qui dès lors se sont fait agréger.

Des difficultés surgissent avec les bourgeois forains souhaitant tirer aux prix d’Étain — plusieurs recours sont adressés au Baillif, qui intervient en leur faveur dans certains cas.

1776

Parade de tous les bourgeois résidents membres de la Société, avec 4 baches à chacun «à cause de la bonne récolte que Dieu nous a béni l’année dernière». Les Mousquetaires désirent porter une cocarde aux couleurs de la ville (rouge et blanc) — accordé, à condition de la porter à l’uniforme. Au XIXe siècle, après l’émancipation du Canton de Vaud, ces insignes seront remplacés par le brassard rouge et blanc.

1778

Les conseillers de la ville prennent part à la parade et au déjeuner. Le repas dit «des fautes» est supprimé définitivement — 4 baches sont distribuées à la fin des tirages.

1781 — 1782

Bonne récolte, on refait les murs de vignes. Le Papegay est fixé au 1er jeudi de mai — renvoyé toutefois, nombre de bourgeois étant à Genève ou occupés aux digues du Rhône mises en danger par les pluies persistantes.

1786

Pour remplacer les conseillers, trois représentations sont faites — celui des trois ayant le plus de voix est élu. L’hiver a été très long ; le Baillif demande qu’il n’y ait pas de tirage pour que les bourgeois disposent de tout leur temps pour la culture des vignes.

1789 — 1790

Les mises de vins de la Société sont publiées au sortir du sermon. En 1790, des jeunes gens membres désirent honorer la Parade de musiciens — accordé pour 8 francs, à condition que tout se passe en bon ordre.

1791

Le Conseil fait faire une caisse solide avec deux clefs aux armes de la Société, pour enfermer l’argent, les titres, papiers et Manuaux. Accordé aux tambours et fifres de pouvoir tirer leurs coups de fusils sans avoir l’épée à leur côté.

1792 — 1793

Vu le départ des troupes militaires, le tirage est avancé. En 1793, les tirs ont lieu le plus tôt possible, la troupe militaire pouvant être appelée à marcher à tout moment. Le secrétaire, ne pouvant plus s’exposer aux courants d’air du bâtiment du Tirage, se fait nommer un suppléant.

La Noble Bourgeoisie devant rebâtir le Temple, la Société offre 200 francs de 10 batz l’un — c’est probablement en souvenir de ce don que l’assemblée générale des Mousquetaires sera réunie dans le Temple pendant nombre d’années.

1794

Projet de nouveau règlement — publié et soumis à l’examen des membres pendant dix jours. L’assemblée du général du 2 août donne lieu à une discussion très orageuse. Des difficultés entre le Conseil et l’assemblée sont finalement apaisées par M. le lieutenant-Baillival Couvreu. Une commission mixte est nommée pour élaborer les nouveaux règlements.

«Il sera toujours présidé par un Conseiller de la Ville de La Tour et membre de cette Société.» — Délibération du Conseil, 1794

1795

Le Conseil et les commis du général s’entendent sur les nouveaux règlements, approuvés à l’unanimité le 31 janvier. Quatre commis du général sont élus pour 2 ans pour assister aux conseils du tirage. En 1803-1804, de nouveaux règlements accorderont à l’assemblée générale des compétences plus étendues.

1797

Le nombre des membres s’élève à 108, ayant tous pris part à la parade et reçu chacun 4 batz. 63 d’entre eux reçoivent un quart de livre de poudre.

1799

Pas de parade ni de finance de parade — une partie des membres étant à l’armée pour la défense de la Patrie, ils seront indemnisés à leur retour. La Suisse doit fournir un contingent de soldats à Bonaparte d’après le traité d’alliance. La Commission du général est dissoute «vu le peu d’embarras que la Société occasionnera par la suite». La Société répond à une enquête sur les Sociétés militaires de la commune, précisant qu’elle est «destinée uniquement à une École militaire pour exercer les hommes au maniement des armes».

En octobre, la Société satisfait à la demande de prêt du Receveur Général du Canton du Léman de 5% de son avoir.

1800

Vu le peu de numéraire restant, on ne tire qu’un seul prix sans musique, ni les quatre batz accoutumés, ni la poudre. L’assemblée générale demande deux tirs, en retranchant la prébende de poudre et les 4 batz.

Extraits des Notes historiques sur la noble Société des Mousquetaires de La Tour-de-Peilz par François Doge (Klausfelder Vevey 1905) revues et complétées par Emile Gétaz (Klausfelder Vevey 1922) et par Arnold Gétaz (Klausfelder Vevey 1974).